L’interchangeabilité des mots peut avoir des retombées des plus inattendues sauf à considérer qu’elle est utilisée sciemment ou par un effet inconscient non maîtrisé. Parce que l’inconscient parle et parle comme un langage. Il suffit de se mettre à son écoute pour en débusquer les travers. Tous les travers, qui font fi de toute convenance pour livrer au détour d’un mot ou d’une phrase le fond de la pensée.

Je réagis ici à l’usage d’un mot rencontré de plus en plus et destiné à rendre compte d’individus, d’hommes, sans les nommer bien entendu. Certes, il ne s’agit que d’immigrés et en l’occurrence ici de vieux immigrés mais des hommes d’abord. « Un homme est un homme » dit l’adage créole. C’est cette dignité que paraît retirer à ces hommes l’usage du sobriquet de « navette » : Les « navettes » qui retournent souvent au pays ; les « navettes » qui vivent dans les foyers ; les « navettes » qui viennent toucher leur retraite en France ; il faut gérer les « navettes » ; il faut trouver des solutions pour les « navettes » ; etc.….

On ne peut même pas arguer dans ce sens un banal glissement verbal ou autre taquinerie du mauvais goût. Parce qu’on écrit aussi au sujet des « navettes ». On plaide la cause des « navettes ». On s’émeut même de leur sort, mais en les amputant de leur condition : Celle d’être des hommes tout simplement. Bienvenue donc à « navette » venu enrichir notre vocabulaire tenu sur les immigrés et autres « sonacos/adoma » comme on dit notoirement. Et qu’on ne nous dise pas que ce vocable est puisé dans une nouvelle culture urbaine ou même dans la littérature. La mobilité résidentielle puisque c’est de cela dont il s’agit au fond et c’est à cela et rien qu’à cela qu’on devrait penser et nous en tenir, désigne une situation ou une dynamique sociale et non pas un référencement identitaire. Je doute fort, que dans l’utilisation de ce vocable on a pu penser un instant à tout cet enjeu sémantique. Un chat est un chat et un immigré est un immigré. Gardons donc à la langue et aux mots leur désignation, leur poids suffit largement.

ps: J’ai d’autres expressions dans le collimateur j’y reviendrais en temps opportun